C'était une histoire banale, ridicule, de celles qui font rire les adultes (et ce rire blesse profondément les adolescents).
Elle avait seize ans et se trouvait en vacances a Saint-Gilles. Comme elle avait passé sa première partie du bac, elle se croyait un personnage. Il avait dix-sept ans, c'était le fils d'un maçon italien, beau comme les jeunes dieux qu'elle avait vu au Louvre et au Palazzo Vecchio [. . .].
Ils se retrouvaient derrière le cimetière. Elle lui parlait de la vie, de la mort, du destin, de l'amour, et ces mots étaient pour elle des balles de celluloîd qui n'avaient aucun poids et dont elle jonglait.[. . .]
-Tu ne m'écoutes pas, Giulio, disait-elle.
-Pourquoi faire, je t'aime
-Nous nous marierons.
L'image de l'adolescent s'effaça ; il n'avait été qu'un amour de vacances. Guilio ne l'avait jamais embrassé, bien qu'elle le lui eût demandé.